Depuis la fin des SMS décomptés au caractère près, le « cc sa va » sans majuscule ni ponctuation a incarné tout ce qui cloche dans la drague en ligne : zéro effort, zéro curiosité, et souvent zéro chance d’obtenir une réponse. Le message idéal devait au contraire rebondir sur une photo de randonnée et finir en question ouverte pour lancer la conversation. Problème, n’importe qui peut désormais le générer en trois secondes grâce à l’IA. C’est précisément ce qui commence à le rendre suspect.
Un célibataire sur cinq atteint d’IA fatigue
Pour la cinquième édition de son trendbook annuel, l’application de rencontre française happn a interrogé environ 18 000 de ses utilisateurs et utilisatrices dans une douzaine de pays, et notamment en France. Parmi les cinq tendances retenues pour 2027, une porte un nom qui sonne comme un diagnostic : l’IA fatigue.
Clin d’œil assumé à la « dating fatigue » : un célibataire sur cinq (20 %) affirme ressentir cette lassitude, un chiffre qui grimpe à 25 % chez les Français de la génération Z. En cause, l’usage croissant d’outils comme ChatGPT pour rédiger une bio, un premier message ou une réponse un peu délicate. « Ça va donner des échanges assez neutres, assez stériles et qui vont toujours dans un sens », résume Claire Rénier, directrice de la communication de happn. Près de la moitié des célibataires (49 %) estiment ainsi que l’IA rend les rencontres trop superficielles. En France, ce chiffre grimpe à 61 %. « C’est à se demander avec qui on est en train d’essayer de relationner », poursuit Claire Rénier.
Le « test WTF », nouveau détecteur de chatbot
Faute d’outil fiable, les célibataires bricolent. Sur les réseaux sociaux, une technique a fait son chemin : envoyer à son match une question totalement absurde, sans le moindre rapport avec la conversation. Un humain répondra par l’interrogative, tandis qu’une IA, serviable par nature, aura tendance à suivre le mouvement.
Dans ce contexte, l’imperfection change de camp. « Je ne dis pas que le nouveau cool, c’est d’avoir un “salut ça va” avec une faute d’orthographe, mais quasiment », s’amuse Claire Rénier. Le phénomène déborde largement du dating : « le normal et l’humain » redeviennent un gage de confiance immédiate.
L’usage de l’IA glisse même vers le red flag : 28 % des célibataires y voient un manque d’effort et d’investissement, 18 % le jugent carrément malhonnête.
Un signal fragile (et une maladresse sincère)
La faute d’orthographe n’a pourtant rien d’une preuve. Il suffit de demander à un chatbot d’écrire « comme quelqu’un de pressé, avec deux ou trois fautes » pour qu’il s’exécute sans broncher. Le jeu du chat et de la souris ne fait que commencer, et Claire Rénier le reconnaît : « ça va devenir de plus en plus compliqué de détecter ça ».
D’autant plus que derrière le copier-coller se cache souvent l’envie de bien faire, ou la peur de ne pas être à la hauteur. Un célibataire sur cinq estime d’ailleurs que l’IA rend les rencontres plus efficaces. Rappelons aussi que si l’IA vous permet de gagner en confiance sur les premiers échanges, « une fois que le premier date va arriver, ça sera plus que vous deux » rappelle Clair Rénier. Le chatbot ne viendra pas boire le verre à votre place. En tout cas pas encore.